Motown

The Supremes

THE SUPREMES
Florence Ballard  30/06/43 22/02/76
Mary Wilson   06/03/44
Betty Mc Glown – Travis  1943
Diane Ross   26/03/44
Barbara Martin  1944
Cindy Birdsong  15/12/39
Jean Terrell   26/11/44
Lynda Lawrence  20/02/49
Sherrie Payne   04/11/44
Susaye Greene  13/09/49
 
 
Raconter l’histoire du groupe le plus populaire de Motown n’est pas chose facile car il y a eu bien plus que trois Supremes entre 1959 et 1977.
primettesLa plupart des gens ignorent que le groupe est né sous forme d’un quartet et non d’un trio.
En 1959, Florence Ballard et Mary Wilson se rencontrèrent lors d’un « talent show », sorte de concours de jeunes talents. Milton Jenkins, petit producteur qui s’occupait d’un groupe appelé The Primes dans lequel chantaient Eddie Kendricks et Paul Williams (futurs Temptations), désirait créer un groupe féminin complémentaire des Primes ; il demanda à Florence Ballard de former ce groupe qui s’appellerait The Primettes.
Florence Ballard se souvint alors de Mary Wilson, âgée elle aussi de quinze ans ; elles furent rejointes par Betty McGlown, âgée de seize ans (amie de Paul Williams), parfois considérée comme la première Primette et très vite devenue Betty Travis, suite à son mariage ; Paul Williams, membre des Primes, recommanda également une certaine Diane Ross. Les quatre filles habitaient toutes dans le quartier du Brewster Housing Project à Detroit.
supremes5Dès que les parents de Diane eurent donné leur permission pour que leur fille intègre la formation, elles commencèrent à se produire dans les clubs de la ville. Betty Travis dut quitter le groupe après quelques mois car ses parents préféraient qu’elle se consacre à ses études. Elle fut remplacée par Barbara Martin.
En plus de se produire sur scène, la formation débutante enregistre également pour un petit label de disques de Detroit, Lupine Records, prêtant leurs voix pour faire les chœurs sur certains titres des Falcons (groupe dont faisait partie Eddie Floyd, future vedette de la Stax et interprète du fameux « Knock on Wood ») mais aussi comme groupe à part entière pour un 45T avec, en face A « Tears of Sorrow » chanté par Ross et, en face B, « Pretty Baby », chanté par Wilson. A noter que le groupe a enregistré d’autres titres qui ne sont pas sortis en vinyl mais qu’on retrouvait sur un album compilation (Ember Records) ré-édité en 1998 sur CD.
Après la faillite du petit label, en 1960, elles rencontrent Smokey Robinson, voisin de la famille Ross, pour une audition qui se déroulera… dans la cave des parents de sa fiancée et future épouse, Claudette Rogers ! Elles espéraient bien sûr être engagées par Berry Gordy mais l’audition ne fut pas concluante… Petite anecdote : elles étaient accompagnées par un guitariste, Marvin Tarplin, qui, lui, fut recruté par Smokey Robinson et resta LE guitariste du groupe de Robinson, The Miracles !
Elles ne baissèrent pas les bras pour autant et se présentèrent pour une nouvelle audition devant, cette fois, Berry Gordy ! Celui-ci refusa de les engager avant qu’elles n’aient terminé leurs études.
Elles firent alors comme beaucoup de jeunes, envieux de faire carrière chez Motown, et hantaient régulièrement les bureaux de la firme, faisant tantôt du « hand clapping » (claquements de mains) sur certains titres enregistrés par les artistes «maison» tantôt des chœurs pour, par exemple, Marvin Gaye et Mary Wells et ceci pour quelques dollars par semaine…
C’est le 15 janvier 1961 que Gordy accepta de leur signer un contrat à la condition de changer le nom du groupe : il en proposa plusieurs comme « The Jewelettes » ou « The Darleens » et c’est Florence Ballard, leader et formatrice du groupe, qui choisira finalement « The Supremes » même si Ross et Wilson n’aimaient pas trop ce nom, à leur goût trop masculin… C’est, semble-t-il, à ce moment que mademoiselle Ross transforme son prénom en « Diana ».
Les « filles » vont sortir, entre 1961 et 1963, huit 45T sans jamais rencontrer le succès… Le premier sort en avril 1961 : « I want a Guy » avec Diana Ross en voix de tête et le second, « Buttered Popcorn » avec Florence Ballard, appelée aussi « Flo », en voix de tête. 
 Durant cette période, on les appelle au sein de la maison de disques les « no hit Supremes » !  supremes3Barbara Martin quittera le groupe au printemps 1962 pour fonder une famille. Ross prendra même un petit job dans une cafétéria de la ville.
Les Supremes connaissent alors un succès d’estime avec la chanson « When the Love Light Starts Shining through his Eyes ». Berry Gordy qui, jusqu’à présent, s’est occupé avec Smokey Robinson de la carrière du trio décide alors de les « confier » aux auteurs – compositeurs Holland – Dozier – Holland qui s’occupaient jusque là avec succès des carrières des Marvelettes et de Martha Reeves & the Vandellas. 
hdhHolland – Dozier – Holland vont alors proposer « Where did Our Love Go” qui avait été refusée par les Marvelettes. Les Supremes, elles aussi, ne sont pas très intéressées par la chanson… Elle sera pourtant classée No. 1 dans le hit-parade en août 1964 et sera la première d’une série de douze No. 1 dans le Bilboard !!!
Petite anecdote : connaissez-vous Michael Valvano ? Ce petit italien avait été engagé chez Motown pour… réaliser les claquements de pied que l’on entend tout au long de ce morceau ; il était le « resident foot stomper ». On lui avait installé dans le studio deux planches suspendues et un micro sur le sol pour donner l’illusion d’un groupe de « marcheurs » : c’est ainsi qu’est né ce son si particulier qui donnera d’ailleurs d’autres idées farfelues au trio H-D-H pour créer des sons personnalisés.    
supremes2Dès la fin de ’63, Berry Gordy décide que Ross sera dorénavant LA chanteuse de tête car il estimait qu’elle avait un timbre de voix plus jeune, correspondant au « marché » visé, que Florence Ballard qui avait une voix de « gospel ». Ce choix amènera une tension entre les filles et mènera à l’éviction de Florence suite à des problèmes liés à l’alcool…
Gordy va faire en sorte que les Supremes devienne LE groupe féminin « phare » de la maison de disques, concentrant tous ses efforts et tous les moyens mis à sa disposition pour en faire une « machine à hits » : les meilleurs auteurs-compositeurs, les meilleurs producteurs, un suivi constant pour soigner leur apparence, leurs prestations, un travail sur leur présentation, leurs chorégraphies, bref, tout le monde est mobilisé pour que les Supremes soient, comme on dit aujourd’hui, un parfait « produit marketing ». Elles devaient être prêtes à se produire « devant des rois et des reines » et à chanter pour les Noirs ET les Blancs, voulant ainsi faire disparaître cette image de chanteurs noirs grossiers et peu soignés.
Elles sont prises en charge par Maxine Powell pour leur présentation ou Cholly Atkins pour leur chorégraphie. Le trio Holland – Dozier – Holland va leur écrire une série impressionnante de succès, chacun accompagné d’une promotion gigantesque. Dès 1965, elles deviennent des stars internationales, se produisant partout, y compris en Europe, et Gordy les fait même passer dans des clubs réputés « blancs » comme le Copacabana à New-York. Elles sont si populaires qu’elles se produisent même régulièrement dans des shows télévisés de grande audience comme, le plus connu, le Ed Sullivan Show.
supremes10Encore une petite anecdote : vous connaissez tous « Stop in the Name of Love » ; le geste que les Supremes faisaient sur scène est en fait la reproduction du geste d’un policier qui veut arrêter un véhicule. C’est Gordy et deux membres des Temptations, Paul Williams et Melvin Franklin, qui pensèrent à ce geste alors qu’ils étaient dans les loges, en train de se préparer pour un show télévisé en Angleterre.  
supremes1L’indiscutable favoritisme envers les Supremes était en fait précurseur de la liaison amoureuse qu’entretinrent Berry Gordy et Diana Ross… Les autres artistes comme Martha Reeves & the Vandellas supportèrent mal cette différence. La liaison entre Gordy et Ross amena également des tensions au sein même du groupe.
Florence Ballard ne supportait pas d’être écartée, elle qui avait fondé le groupe ! Elle tomba en dépression et sombra dans l’alcool, prenant du poids, ratant des sessions d’enregistrement ; elle a même raté des shows à Montréal et à la Nouvelle Orléans. Elle fut, à l’occasion, remplacée pour des concerts à la dernière minute par Marlene Barrow, membre des Andantes, les choristes du studio Motown. 
supremes7Gordy décida alors de la remplacer définitivement par Cindy Birdsong, membre des Bluebelles, groupe dirigé par Patti LaBelle. Cindy Birdsong raconte qu’elle fut convoquée dans les bureaux de Motown pour remplacer l’une des Supremes sans qu’on lui ait précisé laquelle… C’est en voyant Florence Ballard sortir en pleurs d’un bureau qu’elle comprit qu’il s’agissait d’elle…Florence Ballard fut officiellement licenciée de Motown le 22 février 1968 et reçut un dernier chèque de 139.804 $ ; elle tenta ensuite de faire une carrière solo sur le label ABC, sans grand succès. Elle intenta une action au tribunal contre Gordy et Ross arguant qu’ils avaient comploté pour l’évincer du groupe et demanda un dédommagement de 8,7 millions de Dollars : le juge ne la suivit pas… Elle ne s’en remit jamais et mourut, à l’âge de 32 ans, le 22 février 1976 d’une thrombose coronarienne. 
Ballard partie, c’est à ce moment que Gordy rebaptisa le groupe « Diana Ross & The Supremes » : nous sommes alors en 1967. C’est alors le troisième groupe a être renommé ; deux ans auparavant, les Miracles étaient devenus « Smokey Robinson and The Miracles » ; Martha and the Vandellas s’appelait dorénavant « Martha Reeves and The Vandellas ». David Ruffin demanda alors a être, lui aussi, mis en avant et désirait renommer les Temptations en « David Ruffin and The Temptations », ce qui lui fut refusé… En fait, l’excellent homme d’affaires qu’était Berry Gordy avait compris que le fait de renommer de cette manière ses groupes avait un avantage commercial : il prétextait en effet qu’il « vendait » deux artistes lors des concerts : le leader ET le groupe…
Ces changements, les tensions semblent annoncer la fin du groupe et le début de la carrière solo de Diana Ross. Pendant une période s’étendant de 1967 à 1969, il est même arrivé que Mary Wilson et Cindy Birdsong ne participent pas à certaines séances d’enregistrement et soient remplacées par les choristes « maison », The Andantes.
La carrière solo de Ross a été pensée par Berry Gordy qui mettra tout en œuvre pour propulser sa protégée. Cette dernière présentera sa remplaçante lors d’un concert d’adieu à Las Vegas, le 14 janvier 1970 : il s’agissait de Jean Terrell.
Le titre « Someday We’ll Be Together » fut enregistré deux fois par les solistes Ross et Terrell sans la participation de Wilson et Birdsong. La manœuvre de Gordy était simple : cette chanson était destinée à lancer la carrière solo de Ross mais vu le succès, il décida de l’inclure dans le dernier album de « Diana Ross and The Supremes » pour que Ross quitte le groupe sur un dernier hit.


Les nouvelles « Supremes » vont alors connaître de nouveaux succès comme « Up The Ladder to The Roof », « Stoned Love » ou « Nathan Jones » mais cette nouvelle décennie marquera, petit à petit, le déclin du groupe…
C’est en avril 1972 que Cindy Birdsong quittera la formation pour fonder une famille et sera remplacée par Lynda Laurence qui faisait partie des choristes de Stevie Wonder, les Wonderlove.
supremes6En mars 1973 sort un 45T, « Bad Weather » écrit par … Stevie Wonder, à la demande de son ancienne choriste. Ce titre ne fera pas beaucoup de « bruit » : Jean Terrell décidera alors de quitter le groupe pour se marier et sera remplacée par Sherrie Payne, sœur de Freda Payne (qu’on connaît pour son succès « Band of Gold »)et petite amie de Lamont Dozier.
En 1974, Lynda Laurence quittera également « le navire » et permettra le retour de Cindy Birdsong qui restera jusqu’en 1975 ; déçue par le management et le peu d’attention accordés dorénavant par Motown aux Supremes elle quittera définitivement la formation pour être remplacée par celle qui sera la dernière Supreme : Susaye Greene qui, comme Lynda Laurence, faisait partie des choristes de Stevie Wonder.
Cette dernière formation enregistrera les deux derniers albums des « Supremes » intitulés « High Energy » et « Mary, Sherrie and Susaye ».
Le 12 juin 1977, les Supremes présentent leur dernier concert à Londres, au Drury Lane Theater et se séparent.
Mary Wilson sort un album solo sans succès en 1979 après une longue procédure contre Motown ; Payne et Greene tenteront elles aussi une carrière solo sans plus de succès.
En mai 1983, Mary Wilson, Cindy Birdsong et Diana Ross reformeront les Supremes pour une chanson à l’occasion d’un show télévisé commémorant les 25 ans de la Motown.
C’est en 1984 que Mary Wilson publiera son premier livre intitulé « Dream Girl : My Life As a Supreme ». Le deuxième paraîtra en 1990 et s’intitule « Supreme Faith : Someday We’ll Be Together »
En 1986, Jean Terrell, Scherrie Payne et Lynda Laurence ont créé un nouveau groupe et organisé une tournée aux U.S.A. sous le nom « The FLOS » qui signifie : Former Ladies Of the Supremes qu’on peut traduire simplement par « les anciennes Supremes ».
Les Supremes, y compris Diana Ross se sont également retrouvées lors de leur introduction au fameux Rock’n’Roll Hall of Fame en 1988.
 


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