Bruno Hantson

 

 

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Motown

Vous raconter l’histoire de cette mythique maison de disques n’est pas une mince affaire !!! Il existe une foule d’ouvrages sur le sujet mais aussi sur les artistes « Motown ». Certains abordent, de manière historique, l’épopée de Berry Gordy Jr., d’autres de manière plus  anecdotique, soulevant parfois les travers du système mis en place au sein de cette « usine à tubes » . Je vais essayer de vous expliquer simplement comment tout cela s’est mis en place et comment un homme de génie a su mettre sur pied ce qui devint une référence dans le business de la musique aux Etats-Unis et même la plus importante et la plus florissante entreprise musicale indépendante, dès 1964.


 


Motown gordy1Berry Gordy Jr., le fondateur, était, à l’origine, un ouvrier travaillant sur une chaîne de montage de voitures Lincoln à Detroit (la capitale de l’industrie automobile des U.S.A.).
A la fin de ses études et pour un court moment, il fut boxeur professionnel. Il écrivait  également, avec un certain Billy Davis, des chansons pour des artistes locaux de Detroit comme Jackie Wilson et les Matadors (groupe qui, par la suite, sera rebaptisé par Gordy « the Miracles » et qui comptait dans ses membres un inconnu à l’époque, Smokey Robinson…)  : on leur doit notamment « Lonely Teardrops » ou « Reet Petite ».


motown7Mais Gordy qui avait apparemment compris qu’il gagnerait beaucoup plus d’argent en produisant ses disques décida de lancer sa propre compagnie d’édition musicale,  la « JOBETE » dont le nom est composé des prénoms de ses trois premiers enfants ( Hazel JOy, BErry et TErry) et sa propre compagnie de disques: il créa donc, le 12 janvier 1959, Motown Records ( Motown étant la contraction de Motor Town, c-à-d, la ville du moteur, surnom de Detroit) et un label, « Tamla » : à l’origine, il voulait appeler ce label « Tammy », inspiré par une chanson de Debbie Reynolds dans le film « Tammy and the Bachelor » mais ce nom ayant déjà utilisé, il finit par choisir « Tamla » .


Une anecdote me vient à l’esprit : il bénéficia, pour créer cette compagnie, d’un prêt de sa famille d’un montant de $ 800 ; sachez que Motown Records Corporation fut cédée, en 1988, à la compagnie MCA pour la modique somme de 61 millions de dollars… Belle plus-value ! Plusieurs membres de la famille de Berry Gordy travailleront au sein de cette compagnie, qu’il s’agisse de son père, Berry Senior mais aussi ses frères Robert et George et sa sœur Esther. Ses deux autres sœurs, Gwen et Anna, les rejoindront au milieu des années ’60.


motown5La même année, Gordy fit l’acquisition, au 2648 du West Grand Boulevard à Detroit,  des bâtiments qui allaient devenir le quartier général de Motown Records et dans lesquels se trouve le mythique Studio A, appelé « the snakepit » (littéralement, « la fosse aux serpents » >>> voir la page sur les Funk Brothers ).


motown1Ce bâtiment, Gordy le baptisa très vite « Hitsville USA » : le ton était donné… Il fit, par la suite, l’acquisition de plusieurs bâtiments voisins afin d’abriter toute l’organisation et les différents services de sa maison de disques ; c’est ainsi qu’il installa aux 2644 et 2646 Jobete, le service des ventes, des expéditions et le département « Public Relations » ; au 2650 et 2652 vinrent le bureau de sa sœur Esther et son service « International Talent Management » ; au 2656, s’installa le service comptabilité ; en 1966, il acquit les 2662 et 2664 pour y installer le service des ventes et du marketing ; suivirent les 2666, 2668, 2670 et 2672 sans oublier, de l’autre côté de la rue, le 2657 pour le département « Artist development ».


 Les premiers succès vinrent très vite, dès 1959, avec, entre autres, « Money » de Barrett Strong.../... et « Shop Around » des Miracles en 1960 qui fut non seulement  le premier No. 1 du label mais aussi le premier disque à atteindre le million de copies vendues. Gordy créa, dès 1960, un deuxième label, Motown ; il en créa d’ailleurs bien plus afin de diversifier les genres au sein de la Motown Records Corporation. Vous trouverez, ci-dessous, l’énumération de ces labels.


La force de Berry Gordy Jr. a été de s’entourer d’équipes très compétentes, qu’il s’agisse des auteurs, compositeurs, musiciens, producteurs, managers dont les plus connus, Brian & Eddie Holland,  Lamont Dozier, Smokey Robinson, Mickey Stevenson, Norman Withfield, Jack Ashford & Valerie Simpson etc…. la liste est longue ! 


 Ci-dessous, le trio magique de Holland - Dozier - Holland à l'origine de tant de succès...hdh


L’une des particularités de la maison Motown est l’esprit de famille qui y régnait, un esprit presque paternaliste que Gordy appliquait à la gestion de son entreprise un peu à la façon
de Henry Ford dans son usine de voitures…


motown6Bien sûr, une maison de disques ne serait rien sans ses artistes !!! Laissez-moi vous rafraîchir la mémoire… Voici quelques exemples d’artistes « Motown » : Diana Ross et les Supremes, Marvin Gaye, Stevie Wonder, Michael Jackson et ses frères, les Temptations, les Four Tops, Lionel Richie et les Commodores, Rick James, Smokey Robinson et les Miracles, Mary Wells, Kim Weston, Martha Reeves, Edwin Starr, les Spinners, Gladys Knight etc… la liste n’est pas exhaustive…Entre 1961 et 1971, Motown a classé 110 chansons dans le top 10 américain !


Gordy a su inventer une marque de fabrique, ce que l’on appelait « the Motown Sound » : une rythmique soutenue avec souvent, une présence appuyée du tambourin pour accentuer le rythme, une basse mélodique et un chant souvent inspiré du gospel secondé par des chœurs, une section de violons et/ou de cuivres, des arrangements élaborés… L’un des principes de travail était « KISS » qui signifiait « Keep It Simple, Stupid » autrement dit, « faire simple est stupide ». Pour afficher sa volonté de faire de la musique pour toute la population américaine et pas uniquement pour les noirs, Gordy eu l’idée d’un slogan : « the Sound of Young America » (Le son de la jeune Amérique) : il s’adressait ainsi clairement aux jeunes, qu’ils soient noirs ou blancs, ce qui, en ces temps de ségrégation, mit un certain temps à faire son chemin.../... 


Chaque vendredi, Gordy réunissait le service Quality Control qui écoutait ce qui avait été enregistré dans la semaine, par les différents artistes : ce service avait un droit de veto et décidait de ce qui allait être édité ou pas mais Gordy se gardait le droit de prendre l’ultime décision ; il est amusant de constater que certaines chansons qui furent refusées devinrent, par la suite, des succès comme, pour n’en citer que deux, « I heard it through the grapevine » de Marvin Gaye (alors que la version originale interprétée par Gladys Knight & the Pips avait déjà été éditée) et « Ain’t too proud to beg » des Temptations !


motown9Rendez-vous compte : le studio d’enregistrement « tournait » 22 heures par jour, les équipes et artistes se succédant pour enregistrer. Il n’était d’ailleurs pas rare que des artistes participent à l’enregistrement de chansons pour d’autres, toujours dans un esprit de famille.
Les musiciens dont les noms furent longtemps classés « secret - défense » par Berry Gordy,  furent déterminant pour définir le « Motown Sound ». Ils se faisaient appeler les Funk Brothers et étaient, pour la plupart, des musiciens de Clubs de Detroit dirigés par Earl Van Dyke, pianiste de jazz qui avait notamment accompagné Lloyd Price. Gordy a, pendant des années, refusé de créditer les noms des musiciens sur les pochettes de disques afin que ceux-ci ne soient engagés dans d’autres studios : ces noms sont apparus, pour la première fois, sur l’album « What’s goin on » de Marvin Gaye sorti le 21 mai 1971.   


Les artistes étaient également pris en charge pour leur apparence, leur chorégraphie, leur costumes par un Service appelé « Artist Development » : rien était laissé au hasard… Gordy avait engagé, en 1964, Maxine Powell, ex modèle, manucure, maquilleuse ayant aussi une formation de professeur de maintien pour apprendre aux artistes à marcher, à se tenir d’une certaine manière afin de donner une image BCBG « Motown ». Quelques mois plus tard, Gordy fit également appel à Cholly Atkins, chorégraphe connu dans les années ’30 et ’40, pour inculquer aux artistes cette façon si singulière de bouger sur scène, pour leur apprendre ces chorégraphies (qui semblent peut-être aujourd’hui simplistes) que vous avez vues dans les nombreux clips (comme on ne les appelaient pas encore !) disponibles maintenant sur DVD ou sur le Net…/... Gordy put ainsi former des jeunes noirs inexpérimentés, issus des rues de Detroit, en leur apprenant à marcher, à danser, à s’habiller comme des blancs : ils devenaient ainsi des modèles dont les parents s’inspiraient pour leur progéniture.


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Gordy était aussi un excellent homme d’affaires et stratège : il acheta certains labels concurrents de Detroit comme Ric-Tic et Golden Worldmotownlabel14motownlabel13 récupérant ainsi les artistes de ces labels comme Edwin Starr ou le San Remo Golden Strings ; il fit également l’acquisition de Anna Records, label créé par sa sœur Gwen et son fiancé, Billy Davis (dont je parle plus haut) et qui amena dans l’équipe Motown des artistes comme Ty Hunter (futur membre des Originals) , David Ruffin (futur membre des Temptations) ou Lamont Anthony (pseudo sous lequel se cache Lamont Dozier). 


  


La promotion des artistes passait bien sûr par les shows télévisés en vogue comme le fameux « Ed Sullivan Show » ou le « Dean Martin Show » mais Berry Gordy Jr. créa également la Motown Productions, une compagnie destinée à produire des shows TV pour les artistes « maison ». Il installa des bureaux à New-York, à Los Angeles et c’est à L.A. qu’il transféra définitivement Motown en 1972. Le but de Gordy, à ce moment-là, était de se rapprocher de l’industrie cinématographique afin d’étendre encore ses activités et transformer Diana Ross, qui avait alors quitté les Supremes, en superstar : elle tourna deux films : « Lady sings the blues » sur la vie de la chanteuse Billie Holliday et « Mahogany ». D’autres films Motown ont connu un certain succès : « Thank God, it’s Friday », « the Wiz » et « The Last Dragon ».


Bien que la compagnie ait encore connu le succès dans les années ’70 et ’80 avec des artistes comme Stevie Wonder, Rick James, Lionel Richie ou Debarge, Berry Gordy Jr. revendit sa compagnie de disques  en 1988 et sa compagnie de films en 1989.


Stevie Wonder est, à ce jour, le seul artiste qui soit toujours resté chez Motown.


motown4L’histoire de Motown fait partie de l’histoire des Etats-Unis car elle a contribué à l’émancipation du peuple noir au travers de la musique ; Motown a d’ailleurs édité des albums, sur son label Gordy,  reprenant les discours du Révérend Martin Luther King, notamment un album intitulé « the march of freedom » enregistré le 23 juin 1963 à Detroit (Gordy 906) mais aussi « Free at last » (Gordy 929).


A partir de 1967, la maison Motown connut des difficultés et des tensions internes… Florence Ballard fut écartée des Supremes car elle était jalouse de la proéminence de Diana Ross au sein du groupe, David Ruffin fut lui aussi écarté des Temptations, remplacé par Dennis Edwards ex-membre des Contours, Gordy se querella à propos de royalties avec le trio « magique » d’auteurs – compositeurs – producteurs Holland – Dozier – Holland, à l’origine d’une foule de succès, qui quittèrent le label …


 Comme toute histoire humaine, il existe une foule d’anecdotes en tous genres sur les artistes, les chansons, les séances d’enregistrement, la gestion de toute cette entreprise : vous en retrouverez dans les fiches « artistes ».


 Gordy a souvent engagé des jeunes qui chantaient au coin des rues, se produisaient dans les fêtes d’école, tous issus de familles ouvrières et modestes et qui ont eu, pour certains, du mal à gérer cette notoriété à laquelle ils n’étaient pas préparés ; il y a aussi, au sein de Motown, des destins tragiques, maladie, alcoolisme, drogue… Mais comment s’en étonner ? La nature humaine est faible, les artistes sont peut-être plus exposés encore car ils sont souvent des êtres fragiles, exubérants, sensibles, déchirés et parfois incompris. 



Les labels  


motownlabel1Tamla Records : créé en 1959 ; quelques artistes : Miracles, Barrett Strong, Supremes, Marvelettes…


 


motownlabel2Motown Records : créé en 1960 ; quelques artistes : Mary Wells, Eddie Holland, Contours, Four Tops…


 


motownlabel3 Gordy Records : créé en 1961 ; quelques artistes : Temptations, Martha & the Vandellas, Kim Weston…


 


motownlabel4Miracle Records : créé en 1961. Ce label n’exista pas longtemps (+ /- 1 an) ; détail amusant, le slogan du dit label était « if it’s a hit, it’s a miracle » ou, en français « si c’est un hit, c’est un miracle ! » sans commentaire…Quelques artistes : Jimmy Ruffin, Temptations, Valadiers…


 


motownlabel5• Soul Records : créé en 1964 et supprimé en 1978 ; quelques artistes : Jr. Walker & the All Stars, Gladys Knight & the Pips, Shorty Long…


 


motownlabel6 V.I.P. Records : créé en 1964 et supprimé en 1974; quelques artistes: Velvelettes, Spinners, Elgins…


 


motownlabel7Mo-West Records : créé en 1971 et supprimé en 1973, ce fut le premier label créé après le déménagement de Motown vers Los Angeles ; quelques artistes : G.C.Cameron, Bobby Taylor, Thelma Houston… 


 


motownlabel8 Rare Earth Records : créé en 1969 et supprimé en 1976, ce fut le premier label rock de la firme ; quelques artistes : Rare Earth, R. Dean Taylor, Kiki Dee…


 


motownlabel9 Workshop Jazz Records : actif de 1962 à 1964, ce label, destiné à des formations de jazz, fut supprimé par Berry Gordy après qu’il eut connaissance des recettes des ventes … Si vous possédez un exemplaire de ce label, sachez qu’il est très côté…Quelques artistes : George Bohannon, Johnny Griffith ; les Four Tops avaient été engagés comme groupe de jazz pour produire un LP sur ce label : il n’a jamais été édité …


prodigalProdigal Records : deuxième label rock pour Gordy : !!! il ne l’a pas créé mais acheté en 1974 ; le groupe Rare Earth fut édité sur ce label après la dissolution de Rare Earth Records ce qui n’empêcha pas la suppression de Prodigal en 1978.


motownlabel10 Melodyland Records et Mel-o-dy Records : il s’agit de labels « country » ; le premier créé en 1974 fut supprimé en 1976 et le second exista de 1962 à 1965. Mel-o-dy fut d’abord un label R&B.


 


Hitsville Records : encore un label « country » créé en 1976 et supprimé en 1977 : il remplaça quelques temps Melodyland…


motownlabel11Morocco Records : un label qui ne fut actif qu’entre 1983 et 1984 et destiné à produire des artistes rock ; le nom se décompose comme ceci MOtown ROCk COmpany.


 


D’autres labels ont connu de courtes existences, n’ont servi de support qu’à peu d’artistes ou étaient simplement distribués par la « machine » Motown comme Black Forum, Divinity, Motown Latino Records, Weed, Natural Resources, M C, Chisa, Blaze, Ecology (sur lequel on retrouve Samy Davis Jr.), Gaiee, Inferno ou Ju-Par.


 


 


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