Bruno Hantson

 

 

Document sans titre

Berry Gordy

Motown gordy1


BERRY GORDY Jr.


Berry Gordy Jr. est né le 28 novembre 1922 à Detroit, au Harper Hospital alors que ses parents étaient venus s’y établir en provenance de Milledgeville en Georgie où ils cultivaient la terre. Il était le septième des huit enfants qu’eurent ses parents, Berry Gordy Sr.( que ses enfants aimaient appeler Pops) et Bertha Fuller. Son grand-père qui, lui aussi s’appelait Berry Gordy (le premier du nom), était le fils d’un fermier blanc, James Thomas Gordy, et d’une esclave noire.






Berry Gordy Sr., le père du créateur de Motown


gordy senior


 


 


 


Les parents de Berry Gordy Jr., fermiers et commerçants, ouvrirent tout d’abord une épicerie ; ensuite, ils créèrent une entreprise de bâtiment et de peinture qui devint florissante et leur permit d’acheter un bâtiment dans lequel ils ouvrirent une deuxième épicerie. Sa mère, Bertha, après avoir suivi des cours de commerce, fonda une compagnie d’assurance, la Friendship Mutual Life Insurance Company : ils avaient l’esprit d’entreprise ! 


Voici un document: le faire-part envoyé pour l'anniversaire de mariage des parents de Berry Gordy Jr.faire part


 


 


 


 


 


 


Berry Gordy Jr. quitta l’école en 1946, alors qu’il n’avait que 17 ans, afin de devenir boxeur professionnel dans l’espoir de devenir vite riche; il continua à boxer jusqu’en 1950 (il remporta 10 matchs, en perdit 3), année durant laquelle il part servir dans l’US Army, en Corée, jusqu’en 1953. Il s’intéressait déjà, durant sa courte carrière de boxeur, à la musique, s’entraînant, en écoutant des artistes, à écrire des paroles de chansons…


Trois de ses frères et sœurs, Fuller, Esther et George, ont ouvert une petite imprimerie dans le bâtiment acquis par leurs parents ; les clients se font rares et ils décident de faire un peu de publicité sur une radio locale. C’est alors que Berry leur propose d’écrire une petite chanson pour ce spot radiophonique : bien qu’ils ne le prennent pas vraiment au sérieux, ils acceptent. Cette « réclame » passera sur WJLB et portera ses effets ! 


Ci-dessous, la carte de l'imprimerie Gordy...gordy sr entreprise


 


 


A son retour de l’armée, il fit la connaissance, par l’intermédiaire de son ami Billy Davis, de Thelma Coleman, une infirmière, qu’il épousa et avec qui il eut très rapidement trois enfants, Hazel Joy, Berry IV et Terry. Il était passionné de jazz ce qui le conduisit à ouvrir un magasin de disques avec son frère George, le 3D Record Mart et commença parallèlement à écrire des chansons ; son magasin ne connut malheureusement pas le succès et il dût se résigner à le fermer… Pour subvenir aux besoins de sa famille, ses beaux parents lui trouvèrent alors un travail et il prit le chemin des usines de l’industrie automobile, reine en cette ville de Detroit, pour travailer à la chaîne chez  Lincoln – Mercury tout en continuant à écrire, chaque jour ( !), des chansons pour des groupes locaux.


Le soir, il fréquentait le Paradise Valley, une avenue où se trouvaient des cabarets dans lesquels se produisaient de jeunes artistes noirs ; deux de ses sœurs, Anna et Gwen, travaillaient dans l’un de ces bars, le Flame Show Bar Talent Club.


Il fit alors la connaissance de Al Green, patron du Flame Show Bar Talent Club où il rencontra Jackie Wilson. Ce bar, ouvert au public en 1949, vit passer des futures vedettes comme, pour ne citer qu’elle, Billie Holiday : c’était le lieu de rendez-vous des jeunes talents noirs dans les années ’50, un peu comme le Golf Drouot le fut dans les années ’60 pour Eddy Mitchell, Johnny Halliday ou Jacques Dutronc…


En 1957, Jackie Wilson enregistre « Reet Petite » qui connut un modeste succès (rappelez-vous : cette chanson a connu une deuxième carrière en 1986) : cette chanson fut écrite et composée par Berry Gordy, sa sœur Gwen et un auteur – producteur, Roquel Davis, fiancé de Gwen.


 Dans les deux années suivantes, le trio écrivit plusieurs autre succès pour Jackie Wilson comme « Lonely Teardrops », « To Be Loved » (titre que Gordy donna à son autobiographie parue en 1994) ou « I’ll Be Satisfied » mais aussi pour Etta James (All I Could Do Was Cry).


Un autre artiste interprètera des chansons de Berry Gordy : il s’agit de Bob Kyali qui connut un certain succès avec « Everyone Was There » succès qui se confirma après un passage télévisé, le public noir découvrant que l’artiste était…noir ! En fait, derrière ce pseudonyme, se cachait Robert Gordy, le plus jeune des frères de Berry… Bob pour Robert, bien sûr et Kyali qui était le nom d’un personnage d’une série d’horreur à la télévision.


A l’automne ’58, Berry et Thelma se séparent…


C’est à ce moment que Gordy fit la connaissance de Raynoma Liles qui venait passer une audition avec sa sœur Alice ; non seulement il rencontra en Raynoma sa future deuxième épouse mais aussi une personne qui l’aidera à écrire des chansons : elle avait une belle voix, savait écrire la musique et fut connue, par la suite, au sein de la future compagnie Motown, comme Miss Ray. Ils fondèrent alors la Rayber (pour RAYnoma et BERry) Music Writing Company qui proposaient aux jeunes chanteurs de leur composer, écrire, arranger et enregistrer des démos pour $100 afin de trouver de jeunes talents… Ils créèrent en même temps les Rayber Voices, un chœur qui accompagne beaucoup des premières chansons écrites par Berry Gordy et composé de Raynoma, Robert Bateman (futur producteur de Motown), Brian Holland (futur membre du team Holland-Dozier-Holland à l’origine d’une foule de succès de la future Motown) et Sonny Sanders.


A l’époque, Berry louait un studio $10 l’heure…Plusieurs artistes les contactèrent ; Mickey Stevenson, futur producteur à Motown, Louvain Demps, futur membre du groupe The Andantes qui deviendront les choristes officiels du futur studio A de Hitsville, le cœur de Motown : sachez que chaque fois que vous entendez un titre d’un artiste Motown, il y a 99% de chance que The Andantes assurent les chœurs…


En 1957, le manager de Jackie Wilson, Nat Tarnopol, fait passer une audition, en présence de Berry Gordy, à un groupe local, The Matadors ; ce manager n’est pas convaincu mais cette rencontre va changer à jamais la vie de Berry Gordy qui va se lier d’amitié avec le chanteur du groupe, un certain Smokey Robinson, après avoir notamment parcouru son livre de paroles de chanson et de poèmes.


Gordy décide alors de changer le nom du groupe en « Miracles », devient leur manager et co-écrit avec Robinson « Got a Job » qu’il produira et fera éditer en 1958 sur la label End Records. ( No. END1016). La séance d’enregistrement se déroula le 30 novembre 1957.


Déçu par les royalties que End Records lui accordent pour ce titre mais aussi par ce que les autres compagnies (Atlantic, Mercury, Chess…) lui versent comme commissions, sur les conseils de Smokey Robinson, il décide de fonder à l’aide d’un prêt de $800 de sa famille, son propre label : Tamla Records. Dans la foulée et suite au fait que Gwen, la sœur de Berry et Roquel Davis créent leur propre maison d’édition, il cesse son association avec Davis et crée également sa Société d’Edition, la JOBETE dont le nom apparaîtra, par la suite, sur la plupart des disques des compagnies de l’empire Motown… Si un auteur écrit pour Motown, il est publié par JOBETE : Berry Gordy a ainsi un contrôle total sur l’œuvre son utilisation…


Le premier disque sur lequel le nom JOBETE apparaît sera « I need you » enregistré par le fiancé de Mary Wells, Herman Griffin sur le label HOB.


« Come To Me » de Marv Johnson sera le premier 45T Tamla qui connaîtra un certain succès ; ce disque sera distribué par United Artists car Gordy n’a pas encore, à ce moment, les moyens de distribuer ses productions. Mable John, sœur du chanteur de blues Little Willie John fera aussi partie des premiers artistes à être « signés » par Gordy. Pour enregistrer le titre de Marv Johnson, Mickey Stevenson amènera des musiciens qui seront, par la suite, à jamais liés à l’histoire de Motown : James Jamerson à la basse, Benny Benjamin à la batterie, Eddie Willis et Joe Messina aux guitares, Thomas Bowles au sax et à la flûte, Marv Johnson assurant lui-même le chant et le piano ; les Rayber Voices assurent les chœurs et Berry Gordy s’occupe de la production. Pour presser le disque, il en coûtera 10 cents par « galette » à Gordy ! Le Tamla 101, référence de ce 45T, voit alors le jour…


A partir de ce succès, les Rayber Voices, The Miracles, Mable John et Eddie Holland, tous artistes « maison » commencèrent à se produire dans les clubs et bars de la région. Je vous livre une anecdote : les artistes étaient souvent véhiculés, à ce moment, par Berry Gordy lui-même dans le van Vokswagen qu’il avait pu acquérir grâce notamment aux royalties qu’il commençait à toucher…    



Les activités de plus en plus importantes de Berry Gordy et la naissance, le 25 juin 1959, de Kerry, le fils que Raynoma lui donne, rendent leur maison exiguë ; la famille s’agrandit mais il y a un problème : ils sont tous les deux en instance de divorce et devront attendre le printemps suivant pour se marier à Toledo, dans l’Ohio.    


gordy2La création de leur propre studio serait opportun afin de réduire les coûts de production : Raynoma trouve, quelques semaines après la naissance, une belle maison, sur West Grand Boulevard, dans un beau quartier. Lorsqu’ils déménagèrent, Pops fit quelques transformations dans le bâtiment, transformant une pièce, à l’arrière de la maison, en salle de contrôle avec une baie vitrée sur le garage devenu studio ; le studio fut décoré, notamment pour des raisons acoustiques, avec des rideaux récupérés dans un théâtre. Berry Gordy acheta d’occasion un piano et un enregistreur 2 pistes…Enfin, dans l’entrée principale, on aménagea un petit bureau de réception qu’occupa une jeune personne engagée par le « boss », Janie Bradford. Il avait déjà travaillé avec elle sur une précédente chanson : cette fois-ci, elle aida Gordy à terminer l’écriture de « Money » et comme Barrett Strong les avait aidés en les accompagnant au piano durant la composition du morceau, il fut choisi pour l’interpréter.


  gordy3« Money » est une des toutes premières chansons à être enregistrée dans le mythique studio du 2648, West Grand Boulevard et devient un hit : comme Gordy n’a toujours pas les moyens de faire face à une distribution nationale, le titre paraîtra sur Tamla mais également sur le label « Anna Records », propriété de Gwen sœur de Berry Gordy, et la distribution sera négociée avec les frères Chess de la compagnie Chess Records, label de Chicago.


Petit à petit, la « maison » s’organise. Sa sœur, Esther Gordy, devient comptable de la société. Une autre sœur,Loucye, s’occupe de la fabrication, de l’expédition et de la facturation. Raynoma et son frère, Mike Ossman, contrôleront la publication et Berry Gordy s’occupera des ventes : c’est lui qui contactera les DJs de toutes les radios afin qu’ils « jouent » les disques produit par ce nouveau label…


Joe Hunter sera le responsable des musiciens qui s’appelleront eux-mêmes les Funk Brothers : Benny Benjamin, James Jamerson, Larry Veeder, Hank Cosby, Mike Terry, Richard « popcorn »Wylie, Eddie Willis, Robert White, Joe Messina, Earl Van Dyke, Uriel Jones, Bob Babbitt et beaucoup d’autres…


Sonny Sanders devient le premier arrangeur et Robert Bateman et Brian Holland seront les premiers ingénieurs du son.


Louvain Demps sera bientôt rejointe par Judith Barrow et Jackie Hicks, toutes trois plus connues par la suite sous le nom The Andantes, les choristes du studio qu’on entend sur des centaines de chansons.


« Way Over There » des Miracles fut le premier 45T que Tamla distribua nationalement sans l’aide d’un autre label. Dans les nombreux 45T édités ensuite, il y a un titre interprété par Popcorn and The Mohawks. Si je vous parle de ce groupe c’est parce que, dans les Mohawks, se trouve un certain Norman Whitfield qui deviendra, quelques années plus tard, un des principaux producteurs de Motown : on lui doit notamment « Papa Was A Rolling Stone » des Temptations…  


Gordy n’était pas satisfait par le son qui sortait de son studio : il engagea alors Mike Mc Lean qui, selon Gordy, était un génie en technique. C’est lui qui mit au point le premier enregistreur 3 pistes du studio, machine sur laquelle fut enregistré le hit des Marvelettes « Please, Mr. Postman » 


Barney Ales est à son tour engagé comme Directeur des Ventes : d’après Raynoma, c’est grâce à lui et à ses nombreux contacts que « Shop Around » des Miracles est devenu le premier 45T Motown à s’être vendu à plus d’un million d’exemplaires !


Berry Gordy Jr. Décide de créer d’autres labels comme Motown mais aussi, notamment, Miracle ; il semble que ce soit Raynoma qui dirigea les productions de ce label. On trouve sur ce label, entre autres artistes, Jimmy Ruffin mais aussi une certaine Little Iva and her Band qui ne serait autre que Raynoma elle-même !!


gordy4Petit à petit, la « famille » s’agrandit avec de nouveaux producteurs, de nouveaux artistes et Berry Gordy Jr. devint un patron heureux avec une entreprise qui allait devenir la première dans l’industrie musicale américaine. Mais l’avait-il prévu ou seulement espéré…. ?    


Gordy en compagnie d'un artiste qui n'a JAMAIS quitté le label, Stevie Wondergordy et stevie


 


 


 © Tous droits réservés.

Document sans titre

Copyright © 2012 Bruno Hantson